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Témoignages


Mérignac, 1986, Catherine O : Enthousiasmée par l’inestimable confort et l’incomparable présence que lui apporte sa première chienne guide Alpha, consacre depuis, l’essentiel de son temps à l’école de chiens guides.

Bordeaux, 2001, David R : aujourd’hui professeur itinérant, va de villes en villes donner des cours d’informatique pour débutants, grâce à la venue dans sa vie de Pélops, son premier chien guide.

Sarrebourg, 2007, André M : Militaire à la retraite, rendu libre grâce à Aton, peut, bien plus aisément s’adonner à son activité bénévole favorite : assurer ses cours de rattrapage scolaire.

Bordeaux, 2000, Yoann B : Après un stage de formation, occupe actuellement un poste d’attaché clientèle dans une grande société, devenu autonome grâce à Oulitz.

Arcachon, 1986, Hélène V recevait son quatrième chien guide : depuis que dès 1973 elle retrouvait un peu d’espoir grâce à la présence de sa toute première chienne, Hélène consacre beaucoup de temps à l’écriture, rédige des livres pour enfants.

Paris, 2001, Noëlle C : Occupe un poste de professeur d’espagnol au lycée Victor Duruy, grâce à l’autonomie que lui a apportée son chien guide Rapha.

Témoignages plus détaillés : - Vivre avec un chien guide
                                              - Etre famille de tutelle
                                              - Etre éducateur au Centre Aliènor
                                              - Vivre avec un chien guide

« Quand je serai grande je deviendrai aveugle »

Georgette Soldevilla
« J’avais sept ans, quand j’appris qu’un jour je serai aveugle. A cette époque nous n’étions pas si évolués qu’aujourd’hui. Le lendemain je suis arrivée en classe et tout de go j’ai demandé à la maîtresse de me placer au premier rang parce que je ne voyais pas très bien et que : « quand je serai grande je deviendrai aveugle ». Sa réponse ne se fit pas attendre : une gifle. Elle dit qu’elle voulait voir ma mère. Le lendemain, ma mère vint donc la voir et tout rentra dans l’ordre : j’obtins une place au premier rang.
Les jours, les années passaient, ma vue baissait, et puis le jour fatidique arriva. Je fis l’acquisition d’une canne blanche que je pris soin de placer dans mon armoire, sous une pile de draps. Je ne me déplaçais qu’accompagnée de ma mère, de mon mari ou de quelqu’un d’autre. Quelques années plus tard, je pris enfin la décision d’apprendre le Braille. C’est alors que je rencontrai un chien guide à l’Union des Aveugles et, le soir même, je voulus que mon mari fasse une demande à l’école, tout de suite. Deux jours plus tard, nous visitions l’école de chiens guides de Mérignac. Le soir même mon mari remplissait mon dossier et ma demande était faite.

A compter de ce jour, l’attente d’être convoquée pour effectuer mon pré-stage commença. Attente qui me sembla interminable, mais qui en réalité fut assez courte.
Enfin, la convocation arriva. Là, à l’école, je pus marcher avec plusieurs chiens. Quel bonheur pour moi de me déplacer, hésitante peut-être mais seule, avec un chien guide…L’éducatrice m’expliquait ce qu’il fallait faire. De retour chez moi j’étais surexcitée des prouesses que j’avais réalisées avec un certain Goliath… J’avais été bien avertie que, le chien que j’avais essayé n’était pas forcément celui qui me serait destiné. J’explosais donc de joie quand j’appris que c’était bel et bien Goliath qui m’était attribué ! Je devais commencer mon stage la semaine suivante. Je passe les détails de mon stage, et me voici de retour à la maison.

Mon cœur était rempli d’amour, de tendresse et de respect pour mon Goliath, il ne me quittait pas d’une semelle, je le pris contre moi, lui parlant, lui expliquant tout ce que nous allions faire ensemble.

« J’existais à nouveau »


La première sortie que nous fîmes tous les deux, seuls, dura bien plus longtemps que prévu. Mon mari s’inquiétant, nous chercha dans tout Gradignan. Nous n’étions pas perdu ! Mon Goliath, fier de me prouver qu’il avait bien assimilé et repéré les lieux que nous avions travaillés avec Madeleine son éducatrice, m’avait conduite partout et, à chaque instant, j’étais arrêtée, soit par un passant, soit par un commerçant. A chaque fois la conversation s’engageait, ce qui ne m’étais pas arrivée depuis bien longtemps puisque, régulièrement, tout le monde s’adressait à la personne qui m’accompagnait ! Ce fut de nouveau le contact humain, de nouveau « j’existais ». Je n’avais plus ce poids sur mes épaules, je me sentais légère, prête à affronter le monde et ses embûches, seule avec mon Goliath. C’est ce que j’ai fait. Nous formions un couple vraiment uni. J’avais une confiance totale et aveugle en lui.

Lorsque je dus être opérée du genou droit, je boitais. Mon mari s’est alors aperçu que Goliath boitait de la patte droite. Mon mari l’emmena chez le vétérinaire : examens, radios, visite chez le rhumatologue, rien. Quand j’ai été guérie et que je n’ai plus boité, Goliath ne boitait plus non plus…
Puis il a vieilli. Quand nous sortions, à l’aller il était encore rapide, mais au retour je le sentais plus lent. J’ai réduis mes sorties pour le protéger, je prétextais un mal aux genoux, n’importe quoi pour ne pas le fatiguer. Vint alors le jour où il fallut songer à sa retraite. Je voulais qu’il ait une retraite paisible, en compagnie de son successeur. Madeleine lui présenta Rabane, un beau labrador chocolat, il l’accepta tout de suite. Goliath et Rabane s’entendaient à merveille, dormant l’un contre l’autre, s’amusant dans le jardin, le jeune suivant le vieux partout. Mais un jour, brusquement, il fallut se séparer de mon Goliath. Je l’ai accompagné jusqu’au bout, le tenant contre moi, sa tête sur mon épaule, le câlinant, lui parlant tendrement, jusqu’à son dernier souffle.

Les jours suivants, je sortais bien avec Rabane, mais je pensais toujours à Goliath, je n’étais pas à l’aise. Rabane le sentait. Il était triste. Les gens que je rencontrais m’en faisaient la remarque. Un matin, je suis partie, résolue, l’encourageant, lui parlant, le flattant tout au long du chemin. Il était heureux, redressant la tête, remuant la queue. La première personne que je rencontrais, trouva que Rabane avait grandi. Non, il n’avait pas grandi, il était fier de lui et heureux que je lui fasse confiance.
Voilà même si mon cœur n’oubliera jamais Goliath, ensemble avec Rabane, nous sommes repartis pour un bon bout de chemin, je l’espère bien !
Avec mon chien guide, je suis indépendante, j’ai acquis une grande autonomie dans mes déplacements, quand je sors sans mon chien (ce qui est très rare), je me sens nue. Si un jour je devais vivre sans un chien guide, ce serait comme si je devenais aveugle une seconde fois. »

Georgette SOLDEVILA
(Extrait du journal « Chiens Guides – Centre Aliénor » n °1)

Etre famille de tutelle



Margaret Slater
« L’aventure commença en 1988. A l’occasion d’un concours hippique, une amie Mme Vivien Howes rencontra Ken Woods, un éducateur anglais qui travaillait alors à l’école de chiens guides d’aveugles de Mérignac. Celui-ci demanda à mon amie si elle ne connaîtrait pas des britanniques qui seraient intéressés pour devenir famille d’accueil. Nous fûmes cinq à répondre : « présent ».
C’est ainsi que le 21 Mars 1988, accompagnés de cinq chiots, Mme Oelhoffen et toute son équipe sont arrivées chez Mme Howes. Moi, j’ai hérité d’une petite femelle qui s’appelait « Diamantine ». Très vite, Diamantine est devenue Diam et même, Didi.
Pendant les dix mois qu’elle resta chez nous, le temps passa si vite ! Nous étions aidés par Madeleine et Maria qui nous rendaient visite une fois par mois.
Bien sûr, j’ai beaucoup appréhendé son départ, je suis même montée à l’école pour voir comment ça se passait. Et puis en Juillet, elle était remise à M. Georges Féliu. Mon mari et moi sommes venus pour le rencontrer. Et voilà que nous sommes devenus amis !
J’ai alors vraiment apprécié ce que le chien guide pouvait donner à son maître. Souvent, certaines personnes me disent qu’elle ne pourrait pas devenir famille d’accueil parce qu’elles aiment trop les chiens et que la séparation serait trop difficile. Moi, je les adore et j’ai l’immense plaisir de les élever. Je sais ce qu’ils apportent aux non-voyants.
Deux de nos chiennes sont devenues reproductrices et ont eu leurs petits à la maison. Naturellement, je consacre beaucoup de temps à ces naissances et ensuite à veiller sur les chiots durant deux mois mais c’est tellement extraordinaire !...

A sa retraite, notre Diam est revenue chez nous ! Actuellement, nous avons deux petites nouvelles : Vanity et Vernis. De plus, avec cette école, j’ai fait énormément de choses : en 1990, la grande marche le long du canal entre Toulouse et Mérignac, en 1992, l’opération « Cité Cécité » à travers la France en campings cars, et surtout, je participe régulièrement aux « journées portes ouvertes » où j’ai l’opportunité et la joie de rencontrer la plupart des maîtres des chiens qui ont été élevés chez nous.
J’ai aussi reçu plusieurs « récompenses » de la part de l’école. Cela fait plaisir d’être « reconnu » mais, à mon sens, je ne le mérite pas car en fait, je fais quelque chose que j’adore, quelque chose qui remplit mes journées. Et enfin, depuis quelques temps, j’accompagne Mme Oelhoffen dans ses déplacements, déplacements qu’elle effectue au service des chiens guides et des non-voyants, cela me plaît aussi beaucoup.
Voilà, c’est un peu de mon histoire. J’avais dit que je ferai dix chiots, j’en suis à vingt ! Et on est parti pour … »
Margaret Slater
(Extrait du journal « chien guide – Ecole de Chiens-Guides de l’UNADEV», n°20)

Etre éducateur au Centre Aliénor


Plus de 20 ans à l’école des chiens guides de Mérignac, 110 chiens remis… aucun chiffre ne peut compter plus que toutes les émotions ressenties si profondément, toutes les rencontres, toutes les amitiés qui se sont tissés au fil des ans, toutes les leçons de volonté, de courage que j’ai reçues des non-voyants. Quelle chance d’avoir pu donner de mon temps et de mon savoir faire, d’être payée en retour et de recevoir en supplément, sourires et marques d’infinie reconnaissance. Si le métier est dur, le résultat nous fait oublier les embûches, les déceptions pour ne garder au fond du cœur que le sentiment du devoir accompli.

Je tiens toujours à y associer tous ceux qui ont œuvré pour que mon travail puisse se faire : ma famille qui m’a soutenue, mes collègues bien-sûr, et tous les donateurs : ceux qui ont consacré beaucoup de leur temps pour élever nos chiots, ceux qui ont généreusement participé financièrement pour que nos projets aboutissent. Je ne suis qu’un maillon d’une chaîne de solidarité mais je suis un maillon privilégié car je vis ma passion (« aider les autres avec la complicité de nos amis « pas si bêtes » !) et je savoure l’aboutissement d’un travail collectif.

Madeleine Jardiné
(Extrait du journal « Chien Guide - Ecole de Chiens-Guides de l’UNADEV», n°20)



Vue panoramique du Centre Aliénor