Comment un chien peut-il adoucir un peu ce quoti¬dien si pénible et tellement jalonné d’entraves ?
Le chien est avant tout un guide. Avec lui, «le paysage change» ! Le paysage change puisque, devant la personne aveugle, il n’y a plus d’obstacles, le chien les évite, les contourne, signale le bord du trottoir, la traversée d’une rue, conduit son maître dans les passages protégés, le conduit jusqu’à à un arrêt de bus, de métro ou de tramway, etc… Ce sont des mots qu’il connaît, des emplacements qu’il a appris à repérer, des habitudes qu’il a acquises grâce à une éducation très rigoureuse, étalée sur presque deux années, une éducation où : patience, douceur et opiniâtreté sont les maîtres mots.
Mais, peut-on se demander, ceci se conçoit sur des parcours familiers… En revanche, comment est-ce possible dans des lieux inconnus du maître et de l’animal ? Pour le chien guide, un trottoir, qu’il soit à Bordeaux ou à Paris, cela reste un trottoir, un cheminement où il doit accomplir son travail : éviter les obstacles (latéraux, au sol ou en hauteur), signaler les traversées de rue en s’asseyant avant de descendre sur la chaussée, guider son maître dans les passages protégés… Pour le reste, c’est à dire pour tout ce qui se rapporte aux directions, cela relève de la responsabilité de son maître, lequel, comme toute personne qui se déplace dans une ville inconnue, doit préalablement se renseigner de l’itinéraire qu’il devra suivre pour se rendre du point A au point B. On lui aura dit que : il doit partir à droite dès la descente du bus par exemple, traverser trois rues, tourner à droite à la suivante, etc, c’est le maître qui décide, c’est lui qui donnera l’ordre : «à droite, à gauche, tout droit». La différence avec un valide est que le non-voyant doit mémoriser ce parcours alors que le valide pourra recourir à un plan. Toutefois on s’en doute, si un oubli venait à se produire, le non-voyant a toujours la possibilité de de¬mander son chemin à un passant. Nul ne refusera de l’aider. Mais la grande différence avec le déplacement à la canne est que, libéré des innombrables obstacles qui jalonnent nos trottoirs, le non-voyant peut se consacrer bien plus aisément à son seul parcours. Le chien guide apporte une aisance incomparable à qui ne voit pas.
Aussi, peut-on imaginer la «griserie» qui s’empare de la personne aveugle lorsque, pour la première fois, elle peut, seule, guidée par son chien, se rendre jusqu’à la boulangerie du quartier pour acheter sa baguette de pain !
Peut-on imaginer le confort de celle qui, chaque matin, emprunte métro, tram ou bus, seule avec son chien, pour se rendre au travail ou dans tout autre endroit (centre d’accueil ou centre de soins) !
Et peut-on imaginer la sensation de liberté que ressentent les non-voyants lorsque, guidés par leur chien, ils peuvent quand bon leur semble ou quand la nécessité se fait sentir, faire leurs courses courantes, aller visiter un ami, aller chez le coiffeur, acheter un petit cadeau pour l’être aimé, aller chercher les enfants à l’école, se rendre chez le médecin, le dentiste, etc.
Et la liste serait longue… Une succession d’actes ordinaires, d’activités quotidiennes qui, pour les per-sonnes valides passent totalement inaperçues, dénués d’intérêt puisque effectués sans même y pen¬ser mais qui, pour les victimes de cécité prennent l’allure de vrais petits bonheurs, des bonheurs simples qui font que la vie est la vie.
Oui, on peut le dire vraiment : le chien guide est le compagnon grâce auquel et par lequel le moindre déplacement simple, effectué seul, peut signifier Liberté.